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Demain matin, Montréal m’attend

La légende de la Main

On connaît tous le refrain « Demain matin, Montréal m’attend ! », l’entraînant prélude de cette traversée d’un Montréal mythique, celui des clubs clinquants, des plaisirs illicites et des marginaux flamboyants. Grâce à la puissance d’évocation de la musique, René Richard Cyr a su projeter Les Belles-soeurs et Sainte Carmen de la Main dans de nouvelles dimensions ; il aborde maintenant avec son unique sens du spectacle et sa profonde connaissance du coeur humain la célèbre comédie musicale de Michel Tremblay et François Dompierre. Une façon superbement théâtrale de célébrer les 375 ans de Montréal !

Louise Tétrault est folle de joie ! Elle vient de remporter un concours d’amateurs. Sur-le-champ, son trophée à la main, elle décampe de Saint-Martin-au-Large et de sa job de waitress pour aller à Montréal retrouver sa soeur Rita. Or son aînée, qui chante sur la Main sous le nom de Lola Lee, n’a aucune envie d’avoir dans les pattes une version plus jeune d’elle-même. Elle entreprend alors de décourager sa cadette en l’emmenant dans les endroits très peu glorieux – du club de travestis miteux au bordel minable – où elle a dû travailler pour se faire une place dans le showbiz. Sur scène, une troupe de 21 comédiens et musiciens aussi colorée que la Main un soir de party, où l’on remarque, pour la première fois au TNM, Hélène Bourgeois-Leclerc, Laurent Paquin et Marie-Andrée Lemieux.

Vu du pont

Mirages d’Amérique

Avec cette pièce-choc, l’Américain Arthur Miller, l’auteur de Mort d’un commis voyageur, a écrit une tragédie pour aujourd’hui : l’histoire d’un immigrant humilié par des lois contraires aux principes de sa culture, le drame d’une communauté déchirée dans ses valeurs et dans ses loyautés, le désarroi d’un homme en proie à une passion interdite. Lorraine Pintal, qui avait créé un bouleversant spectacle avec Les Sorcières de Salem du même auteur, nous entraîne dans ce récit poignant qui plonge au coeur de dilemmes on ne peut plus actuels.

Eddie Carbone, comme des milliers d’autres Italiens après la Deuxième Guerre, a immigré aux États-Unis. À l’ombre du pont de Brooklyn, il travaille comme débardeur. Lui et son épouse, Béatrice, n’ont pas eu d’enfants, mais ils ont élevé une nièce orpheline, Catherine, qui bientôt aura dix-huit ans. Or Eddie a accepté de cacher chez lui deux cousins de sa femme qui viennent d’immigrer clandestinement. Le plus jeune, Rodolpho, s’éprend de Catherine, mais Eddie ne l’aime pas et son affection pour Catherine a quelque chose de maladivement possessif. Peu à peu, sous les yeux effrayés de sa famille et de sa communauté, Eddie s’engage dans une voie sans issue.

Et pour donner toute sa grandeur à ce personnage dévoré par son obsession : François Papineau. À ses côtés, la puissante Maude Guérin incarne Béatrice et Mylène St-Sauveur, la découverte du Journal d’Anne Frank, Catherine.

Les Fourberies de Scapin

Un escroc bien-aimé

Au sommet de sa carrière, après avoir écrit de grands textes comme L’École des femmes, Le Misanthrope et Tartuffe, voici que Molière décide de revenir aux traditions à la source de son art : la farce et la comédie italienne. Et il s’y donne à coeur joie : coups du sort, coups de bâton et coups de théâtre ! Carl Béchard, maître-ès-comédie, avait mis en scène un ébouriffant Malade imaginaire. Il s’empare cette fois-ci du plus drôle des Molière pour en faire un spectacle qui rit plus vite que son ombre avec l’inestimable complicité de Benoît Brière en Géronte et d’André Robitaille qui fait – enfin ! – un retour au TNM pour incarner le plus scapinesque des Scapin !

À Naples, où se passe l’action, il y a deux spécialités : la pizza et les mauvais garçons. Octave et Léandre, deux fils de famille un rien empotés, se sont mis les pieds dans les plats avec des histoires d’amour pendant que leurs pères étaient en voyage d’affaires. Or – panique ! – les papas sont de retour. Heureusement, Léandre a comme valet un repris de justice merveilleusement débrouillard nommé Scapin, qui passe à l’action : mensonges, escroquerie, intimidation, violence, rien n’est à son épreuve. Tout ce mal, évidemment, mènera au bien général, au triomphe de l’amour et à la prospérité des familles !

L’Idiot

L’absolu de la passion

Avec leurs personnages dévorés vifs par la passion, leurs dialogues électrisants, leur vertigineuse plongée dans la psyché humaine et leurs situations emportées, les romans de Dostoïevski constituent une formidable matière à théâtre. Étienne Lepage, cet auteur au verbe franc et à la pensée tranchante, redonne au romancier russe sa percutante oralité. Pour faire résonner toute l’ampleur de cette histoire de désir, de folie et de rédemption, Lorraine Pintal a invité la jeune et douée metteure en scène Catherine Vidal à faire son entrée au TNM.

Après avoir passé sa jeunesse en Suisse pour soigner son épilepsie, le prince Mychkine revient en Russie sans argent, sans relations, n’ayant pour lui que son titre et sa bonté confinant au surnaturel, que les gens confondent avec une sorte d’idiotie. Il s’éprend d’une femme admirée mais tourmentée, Nastassia Filippovna, qui, se considérant indigne de la beauté de l’âme du prince, s’enfuit avec le brutal Rogojine. Biendes années plus tard, le prince, même s’il est désormais amoureux de la pure Aglaïa, voudra de nouveau sauver Nastassia, mais Rogojine, son double sombre, est toujours là, aussi imprévisible, aussi passionné, aussi dangereux.

Autour de Renaud Lacelle-Bourdon, Evelyne Brochu, et Francis Ducharme, toute une nouvelle génération d’acteurs, dynamique et enflammée, s’empare de la scène du TNM sous le regard complice d’artistes émérites.

Les Chaises

Cacophonie de notre temps

Ionesco l’avait pressenti : notre monde n’est plus qu’une ahurissante prolifération d’objets et d’informations dépourvue de sens, comme ces chaises qui envahissent la scène et qui disparaîtront on ne sait où. Frédéric Dubois, qui nous avait donné un mémorable Le roi se meurt, fréquente Ionesco depuis le début de sa carrière ; il met en scène cette fois-ci l’éblouissante « farce tragique » du maître de l’absurde en s’intéressant particulièrement à la nature de ce fameux message que les personnages veulent nous communiquer.

Il a 95 ans, elle en a 94. Ils vivent seuls dans la seule maison d’une île solitaire battue par les flots. Ce soirlà, enfin, toute leur vie va enfin prendre son sens : le Vieux a un message capital à livrer à l’humanité. Ils ont invité le monde entier et, lentement mais sûrement, le monde entier débarque – littéralement – chez eux. Alors il faut des chaises, encore plus de chaises : la Vieille en apporte, puis encore d’autres, puis encore et encore d’autres. Voilà, tout le monde est arrivé, même l’Empereur. Mais comme le Vieux est dépourvu d’éloquence, il a confié son message à un Orateur, qui entre, tout de noir vêtu…

Pour cette partition qui exige chez ses interprètes une virtuosité de casse-cou, deux comédiens sans pareils : Monique Miller et Gilles Renaud.

La Détresse et l’enchantement

Une femme, une vie, une œuvre

Parue en 1984, un an après la mort de son auteure, l’autobiographie de la romancière Gabrielle Roy n’a cessé depuis de toucher des dizaines de milliers de lecteurs. La vie y palpite avec un irrésistible accent de vérité, entre les éblouissements et la noirceur, entre la plénitude des joies et l’angoisse du vide, entre les incertitudes paralysantes et ces révélations qui changent une destinée entière. Pour déployer pleinement cette parole d’une exceptionnelle humanité, Marie-Thérèse Fortin et l’auteur-metteur en scène Olivier Kemeid ont réalisé un montage théâtral de ces mémoires dont le je, si proche et si émouvant, permet à une comédienne, seule en scène, de recréer toute une vie.

La naissance d’une romancière, voilà ce vers quoi tend tout entier ce récit où l’auteure crée sous nos yeux son propre personnage. Elle raconte son enfance au Manitoba au sein de la petite communauté canadienne-française de Saint-Boniface, son travail d’enseignante dans des villages perdus, sa passion du théâtre qui la pousse à aller en Europe où elle réalise obscurément que sa vocation n’est pas d’être comédienne mais autre chose. Et c’est dans un Montréal gris, englué dans un hiver glauque, alors que la guerre s’apprête à éclater, qu’ellese pose seule, fragile. Pour écrire.

Wilson chante Montand

Grande première nord-américaine

Pourquoi Yves Montand ? Pourquoi aujourd’hui ? Vingt-cinq ans après sa disparition, que nous reste-t-il de lui ?

Une silhouette longiligne et souple, vêtue de noir, les échos d’une voix reconnaissable entre mille, un vibrato particulier, un répertoire considérable, des rencontres avec les plus grands poètes et compositeurs de son temps, une longue carrière d’acteur de cinéma, un engagement politique, des femmes, Simone Signoret, Edith Piaf, Marilyn Monroe, une popularité immense.

J’ai demandé à Christian Schiaretti, le directeur du TNP de Villeurbanne de concevoir et de mettre en scène un spectacle en chansons autour de cette icône du XXème siècle. À partir des personnages qui l’auront accompagné, des rencontres qu’il aura faites pendant toute sa vie, nous tenterons d’esquisser, entre textes, poésies et musique, le portrait d’un homme qui, issu du monde ouvrier, et par la seule force de son ambition et de son talent, a su laisser derrière lui une réelle oeuvre : ce répertoire, précisément, dont il a été à l’origine. Une trentaine de chansons arrangées par Bruno Fontaine, six musiciens sur scène, et un acteur qui chante évoquant, sans jamais vouloir l’imiter, un chanteur devenu acteur.
– Lambert Wilson

>>> Voyez le “making of”